Un tueur à gages balaise et tatoué qui tient un magasin de location de DVD le jour avec sa collègue Amélie, avant de descendre dans les bas-fonds de New York la nuit pour dessouder du truand façon John Wick… Sur le papier, la proposition d’AttritoM7 Productions en jetait sévère ! Malheureusement, une fois la manette en mains pour ce premier acte, la réalité du terrain se montre nettement plus brutale. Entre une réalisation technique chancelante, des systèmes de jeu mal expliqués et des combats rigides, ce Blackwood version 2012 cherche clairement à embrasser plus qu’il ne peut étreindre. On sent une vraie fibre à la Max Payne derrière ce héros bougon et vulgaire nommé Anton, mais l’exécution actuelle peine encore à convaincre.
Quand j’ai découvert le pitch de ce Blackwood, j’ai tout de suite été intrigué par son audace. Proposer une double vie oscillant entre la gestion paisible d’une boutique de quartier et la violence brute de contrats d’assassinat nocturnes est une idée rafraîchissante dans le paysage actuel du jeu d’action à la troisième personne. L’ambiance New York 2012, les tatouages d’Anton comptabilisant ses victimes au bout des doigts et ce parfum rétro du club vidéo d’autrefois avaient de quoi séduire le passionné de jeux à spectacle que je suis.
Pourtant, dès les premières minutes de jeu, l’enthousiasme laisse rapidement place à un certain désenchantement. La prise en main révèle très vite des lourdeurs rédhibitoires et un manque de finition technique flagrant. On aimerait sincèrement tomber sous le charme de cette proposition originale, mais l’expérience s’avère particulièrement hachée et frustrante.
Scénario et univers – Anton, tueur à gages et gérant de vidéo-club malgré lui
L’histoire nous plonge dans la peau d’Anton, un mercenaire au tempérament de chien de garde qui passe son temps à jurer et à pester contre la terre entière. Derrière cette carapace d’anti-héros peu sympathiquement brut de décoffrage, on devine les fêlures d’une âme torturée, même si la comparaison avec les grands ténors du polar noir s’arrête là. Le jeu démarre sur les chapeaux de roue avec une fuite éperdue dans les égouts de New York, un pistolet à la main et un chat pour seul compagnon, alors qu’un gang local cherche à lui faire la peau.
Le cœur du récit repose sur cette dualité permanente entre le jour et la nuit. Durant les heures d’ouverture, Anton gère la boutique de DVD située juste en dessous de son appartement avec sa collègue Amélie, ce qui lui permet de blanchir ses revenus et de financer ses activités illégales. Une fois le soleil couché, la cave du bâtiment devient le quartier général où l’on prépare ses armes sur le dark web et où l’on accepte des contrats de meurtre particulièrement sanglants dans la pègre new-yorkaise.

Gameplay – Une formule hybride entre simulation de vie et action Gun-Fu
Sur le plan mécanique, le jeu tente un grand écart périlleux entre la gestion minutieuse et le combat au corps-à-corps. Au magasin, vous devez tenir la caisse, conseiller les clients, passer des commandes sur ordinateur et maintenir un équilibre entre le stock de DVD et de VHS. Malheureusement, cette partie manque cruellement de clarté. L’absence de mini-carte, l’inexistence de marqueurs d’objectifs et des explications minimalistes vous obligent à tourner en rond sans trop savoir quelle interaction le jeu attend de vous. Pire encore, la sauvegarde étant uniquement liée au fait de dormir sur un tapis spécifique de votre appartement, chaque échec en mission vous fait perdre tout votre argent et toute votre progression de la journée, vous obligeant à refaire en boucle la même routine matinale de petit-déjeuner et de toilette.
Côté action, le constat est tout aussi mitigé. Si les sensations de tir restent correctes avec un recul crédible, les combats à mains nues et les exécutions de style Gun-Fu souffrent d’animations rigides et de séquences de finition trop scriptées. Le système de couverture s’avère extrêmement lourd, Anton restant souvent collé aux rebords des murs lors de vos déplacements. On notera toutefois quelques distractions sympathiques comme Le Carreau Blanc, un fight club clandestin inspiré de Yakuza et Fight Club où l’on peut enchaîner les tournois contre des vagues d’ennemis.

Graphismes et technique – Un Acte Un encore très rugueux
Sur le plan visuel et technique, que vous lanciez la version classique ou le mode DirectX 12, ce premier chapitre accuse un retard certain et manque cruellement d’optimisation. La modélisation des personnages et en particulier les animations faciales restent extrêmement rigides, rendant le doublage et la synchronisation labiale totalement incohérents lors des dialogues. L’éclairage a bien du mal à rendre les décors de New York convaincants, tandis que les cinématiques souffrent de saccades régulières et de problèmes d’affichage.
L’aventure est également émaillée de collisions bizarres, comme ces murs invisibles qui apparaissent au milieu des arènes de combat ou ces animations de morts ridicules lors de l’attaque initiale du crocodile dans les égouts. L’ensemble manque encore de polish et donne le sentiment d’avoir affaire à une version de travail précoce où la technique peine à soutenir la vision artistique des développeurs.

Bande-son et ambiance sonore – Des ratés acoustiques qui gâchent l’immersion
La partie sonore ne parvient malheureusement pas à rehausser le bilan global de cette première prise en main. Si les bruitages d’armes et les impacts lors des fusillades font leur travail de manière honnête, le mixage audio général souffre de nombreux dysfonctionnements. Il n’est pas rare d’entendre des répliques de voix qui se chevauchent bizarrement lors des échanges entre les personnages ou d’avoir des coupures brutes dans les musiques d’ambiance.
L’ambiance sonore du club vidéo ou des rues de New York manque également de relief et d’authenticité pour véritablement nous plonger dans cette époque 2012. Ce manque de soin acoustique renforce cette désagréable impression de lourdeur technique qui traverse l’intégralité de ce premier chapitre.

Conclusion et attente – Un potentiel certain mais une finition à revoir d’urgence
En conclusion, ce premier acte de Blackwood laisse une impression très mitigée, celle d’un projet aux ambitions démesurées par rapport à ce que l’équipe d’AttritoM7 Productions est capable de fournir aujourd’hui. L’idée de croiser simulation de vie de vidéo-club et jeu d’action brutal reste excellente, mais le titre s’emmêle les pinceaux dans des mécaniques mal expliquées et une réalisation technique très chancelante.
Puisque les Actes 2 et 3 sont prévus sous forme de mises à jour gratuites courant 2027, les développeurs disposent encore de temps pour corriger le tir, fluidifier les combats et dépoussiérer l’interface. En l’état actuel, cette première étape intrigue plus par ce qu’elle aimerait être que par ce qu’elle propose réellement manette en mains. Affaire à suivre avec beaucoup de prudence !

