Vouloir venger son clan à grands coups de hache, c’est noble. Devoir d’abord achever son propre compagnon d’armes dans le tutoriel parce que le jeu a décidé qu’il était votre pire ennemi, c’est tout de suite plus conceptuel.

Sur le papier, l’aventure promet une plongée authentique et viscérale, mariant batailles rangées, trahisons sanglantes et reconstruction de clan. Pourtant, dès les premières minutes de jeu, la réalité est plus douloureuse. Le titre souffre d’un manque de finition flagrant qui vient lourdement entacher l’expérience globale, transformant ce qui devait être une marche glorieuse vers la vengeance en un véritable parcours du combattant technique.

Un système de combat solide mais miné par les dieux du bug

Le cœur des affrontements de NORSE: Oath of Blood s’appuie sur des bases tactiques au tour par tour très classiques, évoquant immédiatement un XCOM sauce nordique. Tu diriges une petite escouade composée de classes historiques aux noms évocateurs : les Drengrs, les redoutables Berserkrs ou encore les archers Bogmathrs. Chaque combattant dispose de points d’action à dépenser pour se déplacer, attaquer ou déclencher des aptitudes spéciales.

Lorsque le système de combat veut bien fonctionner, la formule s’avère gratifiante. Le jeu met un point d’honneur à valoriser le positionnement, l’utilisation de la topographie (hauteurs, goulots d’étranglement) et les synergies de groupe. Réussir à charger un ennemi avec un Shield Slam (coup de bouclier) pour le projeter directement sur la trajectoire d’un allié, déclenchant ainsi un combo dévastateur automatique, procure une vraie satisfaction stratégique.

Tout n’est pas parfait…

Malheureusement, le champ de bataille est une zone de non-droit technique. Il n’est pas rare de voir une flèche rater sa cible alors que l’interface affiche fièrement 100% de chances de réussite, une anomalie frustrante dans un jeu tactique exigeant où le moindre point d’action perdu peut provoquer un game over. Plus lunaire encore, la physique des corps (ragdolls) à la mort des personnages provoque des télescopages incompréhensibles : des cadavres qui glissent au sol peuvent pousser physiquement des combattants vivants à l’autre bout de la carte, forçant parfois plusieurs unités à s’empiler sur une seule et même case de la grille.

Heureusement, le titre parvient à s’aérer grâce à sa seconde facette : la gestion de colonie. Entre deux raids, tu passes une bonne partie de ton temps à bâtir ton campement à partir de rien. Tu recrutes et assignes des villageois à des rôles clés (forgerons, tailleurs, fermiers) pour récolter des ressources et fabriquer ton propre équipement (le butin se faisant rare sur les corps ennemis). Bien que certains critiques regrettent que ces structures se gèrent beaucoup via des menus textuels sans transformer radicalement le gameplay, voir son village de fortune grandir et se fortifier apporte un sentiment de progression gratifiant qui offre une pause bienvenue entre deux batailles.

Une claque scénaristique signée Giles Kristian

Si le code informatique du jeu montre de grosses faiblesses, la narration, elle, redresse fièrement la barre. Et pour cause : le studio s’est payé les services de l’écrivain britannique Giles Kristian, auteur de best-sellers de fiction historique réputé pour ses romans de la saga Viking. Cette collaboration se ressent à chaque instant. Bien que l’intrigue de base, une vendetta familiale sur fond de trahison politique, soit très classique, l’écriture globale est d’une justesse remarquable.

Le scénario évite habilement les écueils des clichés habituels pour proposer des dialogues savoureux, oscillant intelligemment entre le mélodrame historique, la tension géopolitique entre Jarls et un brin d’humour bien dosé. La mise en scène est soutenue par des cinématiques soignées où les visages des personnages bénéficient d’expressions faciales étonnamment détaillées pour une production de cette envergure.

Les personnages principaux, loin d’être des coquilles vides, ont de vraies personnalités qui s’affirment au fil de la campagne (d’une durée de 10 à 15 heures). On s’attache sincèrement à notre bande de guerriers, au point d’accepter de subir les caprices techniques du jeu simplement pour voir comment Gunnar va accomplir sa vengeance.

Une ambiance sonore immersive et des doublages habités

Pour accompagner cette plume historique, l’enrobage sonore accomplit un travail d’orfèvre. La bande originale (OST) est une franche réussite, plongeant instantanément le joueur dans l’ambiance brute et mystique des fjords norvégiens grâce à des morceaux épiques aux sonorités traditionnelles (tambours lourds, instruments à cordes anciens et chants choraux). Les thèmes musicaux s’adaptent dynamiquement à l’action, renforçant la tension lors des embuscades dans les forêts denses ou lors des assauts de tours de garde.

L’autre immense point fort réside dans le doublage vocal intégral (voice acting). Les acteurs livrent une prestation habitée et charismatique, donnant une crédibilité folle aux tirades de Gunnar et de ses alliés. Chaque réplique transpire l’authenticité culturelle recherchée par les développeurs. On regrettera simplement que la spatialisation sonore en cabine de combat souffre parfois de micro-coupures ou que les bruitages d’impacts d’armes manquent parfois un peu de punch par rapport à la superbe qualité des voix et des musiques.

Conclusion générale

NORSE: Oath of Blood est un diamant brut enseveli sous une épaisse couche de terre technique. Le jeu brille de mille feux dès qu’il s’agit de raconter son histoire, de faire parler ses personnages ou de poser une ambiance sonore nordique ultra-immersive. Son système hybride entre combat à la XCOM et gestion de village s’avère solide et prenant.

Cependant, les bugs d’affichage, les problèmes de collisions, les tirs manqués aberrants et les soucis d’optimisation (provoquant des bégaiements d’images même sur de grosses configurations) l’empêchent de s’asseoir à la table des grands du RPG tactique. C’est un voyage passionnant mais chaotique, que l’on vous conseille de surveiller de près, idéalement après quelques vagues de correctifs.

7/10

Résumé

Les + :

  • Scénario (Giles Kristian)

  • Doublages

  • Bande-son

  • Combos tactiques

  • Gestion de colonie

Les – :

  • Bugs omniprésents

  • Physique (ragdolls)

  • Imprécisions tactiques

  • Optimisation

  • Exploration rigide

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