Pinball Expo 2026 : Le compte rendu ultime au cœur de la capitale mondiale du flipper
Du 14 au 17 octobre 2026, Chicago accueillait la 42e édition de la Pinball Expo, le plus grand rassemblement mondial dédié au flipper. Entre visites exclusives des lignes de production de Stern, face-à-face sans concession avec les derniers remakes, foisonnement créatif du Homebrew et rencontres avec les légendes vivantes de l’industrie, voici notre bilan complet et sans filtre de cet événement hors norme.

Le choc de Chicago : l’E3 du flipper en pleine effervescence
Dès l’ouverture des portes le premier jour, la vision d’une file d’attente interminable serpentant dans les couloirs du centre de convention donne immédiatement le ton. Aux États-Unis, le flipper n’est pas un simple hobby nostalgique, c’est une culture vivante, intergénérationnelle et profondément ancrée. Voir un tel engouement rassembleur rappelle l’âge d’or des salons de jeux vidéo comme l’E3 des grandes années, où la passion brute primait sur les stratégies marketing policées.
Des passionnés venus des quatre coins du globe se sont croisés dans les allées : Belgique, France, Allemagne, Espagne, Italie, mais aussi Australie et Taïwan. La communauté francophone était d’ailleurs particulièrement bien représentée à plus de 6 000 kilomètres de ses bases. Entre la présence de distributeurs et d’acteurs reconnus comme Pinball Store, Guillaume Fau de Paris Pinball Addict, les équipes d’Hexa Pinball, le fabricant de cartes son Pinsound, etc, le savoir-faire et l’intérêt francophone pour la bille d’acier se sont fait entendre avec force.

Au cœur des usines Stern Pinball : la vérité derrière les tarifs
La visite guidée des usines Stern Pinball constitue l’un des moments les plus marquants de cette édition 2026. L’accueil par Gary Stern et George Gomez lance une immersion totale dans les coulisses de la production industrielle. Une fois passées les consignes de sécurité, avec interdiction formelle de filmer ou photographier, la réalité saute aux yeux : un flipper moderne reste un chef-d’œuvre d’assemblage manuel.
L’immensité de l’usine et la coordination de centaines d’ouvriers et de techniciens sur les lignes de montage forcent le respect. Du câblage minutieux sous le plateau aux bancs de test automatisés, chaque machine mobilise un savoir-faire artisanal colossal. Lorsque l’on observe la complexité mécanique, le coût des composants et le nombre d’heures humaines nécessaires à l’assemblage d’un seul exemplaire, le débat récurrent sur les tarifs actuels des machines (entre 8 000 et 15 000 euros selon les éditions) prend une tout autre dimension. Quiconque conteste ces montants sans avoir vu cette ruche industrielle en action passe à côté de la réalité économique du secteur.
C’est au terme de cette visite que nous avons pu observer le Fallout en édition Limited Edition (LE), particulièrement impressionnant de finition, ainsi que le tout nouvel AC/DC Remastered équipé du système Spike 3, doté d’un décal chromé exclusif sur le modèle LE.

Les nouveautés majeures au banc d’essai : de Fallout à Sonic
Fallout (Stern Pinball) : le tour de force de Keith Elwin
Présent en force pour célébrer le 40e anniversaire de la marque, Stern alignait un nombre impressionnant de machines. La star incontestée était le Fallout, conçu sous la direction de Keith Elwin. Après de longues sessions sur les modèles Pro et Premium dès le pré-salon, le constat est sans appel : le gameplay est exceptionnel de dynamisme et de profondeur.
Cependant, la hiérarchie entre les modèles est nette. Alors que sur un jeu comme Pokémon l’édition Pro n’a pas à rougir de sa proposition face au Premium, sur Fallout, la version Premium s’avère indispensable pour profiter de l’expérience intégrale. L’intégration du sas de l’abri antiatomique qui s’ouvre physiquement, le sous-plateau actif et le système de tir Fat Man apportent une dimension tactique et thématique que le modèle Pro sacrifie inévitablement. Si le Pro reste très agréable à jouer, le Premium représente la véritable vision voulue par Elwin et son équipe.

Sonic the Hedgehog (Jersey Jack Pinball) : avant-première du mode Boss Rush
Chez Jersey Jack Pinball, l’ambiance était résolument festive autour du Sonic the Hedgehog. Le stand proposait des concours de cosplay, des séances photos familiales et mettait en avant la collection du détenteur du record Guinness de goodies Sonic.
Sur le plan technique, nous avons pu tester une version bêta du code intégrant un mode inédit : le Boss Rush. Non disponible sur les machines du commerce actuellement, ce mode s’active après avoir vaincu les quatre boss principaux du jeu. Il enchaîne les séquences de cibles à haute intensité et dynamise considérablement la fin de partie, confirmant l’excellent suivi logiciel opéré par les équipes de JJP sur ce titre.

Bon Jovi (Barrels of Fun) : la surprise mécanique
Après l’accueil très favorable réservé à Labyrinth, Barrels of Fun présentait son nouveau modèle dédié au groupe Bon Jovi. Si le thème du rock FM des années 80 divise les joueurs sur le papier, le consensus autour du plateau est unanime : le tir et la fluidité sont exemplaires.
Le cœur mécanique articulé, les rampes surdimensionnées et les finitions de caisse propres au constructeur démontrent un sens aigu du spectacle physique. Même sans être sensible à la discographie du groupe, le plaisir de jeu instantané et la nervosité du layout en font l’un des designs les plus audacieux présentés cette année.

Le dilemme des remakes : Cirqus Voltaire et Tales of the Arabian Nights
Cette édition 2026 marquait une prolifération remarquable de remakes et de rééditions sous licence. Si le rafraîchissement visuel est indéniable, ces projets soulèvent une question fondamentale : quelle est la réelle valeur ajoutée face aux machines d’origine des années 90, encore très présentes sur le marché de l’occasion ?

Cirqus Voltaire Reimagined (American Pinball)
American Pinball a effectué un virage à 180 degrés après des mois d’incertitude et un changement de direction salvateur. Leur stand était le plus soigné de l’histoire de la marque, avec leur nouvelle version du légendaire Cirqus Voltaire de Williams. Le travail graphique signé Brian Allen sur la caisse et le translite est remarquable de précision.
Cependant, une fois les mains sur la machine, l’enthousiasme devient plus mesuré. Le jeu est identique à 90 % au modèle de 1997. Testé en version bêta, le code souffrait encore de défauts de jeunesse : désynchronisation de l’animation lors de la défaite du Ringmaster, blocages de billes imprévus et gestion électronique perfectible. Sur le plan esthétique, le topper ne retrouve pas l’extravagance de la version d’origine, et la débauche de LED multicolores efface en partie l’atmosphère psychédélique singulière pensée à l’époque par John Popadiuk. La fonction Menagerie Mania apporte de la nouveauté et simplifie légèrement l’accès aux scores, mais l’investissement massif exigé par ce remake peine à se justifier face à la perfection brute d’un original bien conservé.

Tales of the Arabian Nights (Pedretti Gaming)
Venu d’Europe, Pedretti présentait son remake officiel de Tales of the Arabian Nights (TOTAN), proposé en version classique et en déclinaison collector signée Brian Allen. Après les lourdes critiques essuyées sur la qualité d’assemblage et les sensations de jeu du kit Funhouse 2.0, le constructeur italien a visiblement rectifié le tir à l’usine.
L’ajustement des métaux, la réactivité des flippers et la finition générale sur le salon étaient nettement supérieurs. Le jeu reproduit fidèlement la magie des tirs vers le génie. Mais là encore, le constat éditorial reste le même : en conservant un code quasi identique sans apporter de rupture technologique majeure, ce type de production s’adresse avant tout aux exploitants et aux collectionneurs ne voulant plus gérer la maintenance de circuits imprimés trentenaires.

AC/DC Remastered (Stern) et Cactus Canyon (Chicago Gaming Company)
Chez Stern, l’officialisation du remake d’AC/DC repensé par John Borg sur plateforme Spike 3 suit la même logique. Le remplacement des animations matricielles du DMD par des extraits de concerts en haute définition, l’ajout de huit morceaux musicaux et la refonte du mini-plateau inférieur modernisent le titre de Steve Ritchie, même si la communauté espérait davantage le retour de licences rares comme Tron ou Lord of the Rings.
Du côté de Chicago Gaming Company, la présence était plus discrète autour des déclinaisons de Cactus Canyon avec kit Lyman Sheats. L’annonce majeure réside dans leur partenariat officiel avec Scorbit pour intégrer la télémétrie et le jeu connecté sur l’ensemble de leurs machines, comblant le vide laissé sur ce segment par certains concurrents.

L’effervescence des constructeurs alternatifs
Au-delà des géants du secteur, la vitalité de l’industrie repose désormais sur un réseau de fabricants intermédiaires qui osent des approches différentes :
- Turner Pinball : Présent avec plusieurs exemplaires de Yukon Yeti, le constructeur a su écouter les critiques formulées lors des précédents salons. En faisant appel au créateur sonore d’origine du flipper White Water pour réenregistrer l’intégralité du pack audio, le jeu gagne une profondeur et un dynamisme qui mettent enfin en valeur l’excellent tracé imaginé par Dennis Nordman.
- Spooky Pinball : Avec une ligne de six machines Beetlejuice très fréquentées, Spooky confirme son talent pour la scénographie et l’intégration de licence, en attendant l’annonce imminente de leur prochain projet très commenté en coulisses, pressenti autour de la franchise The Goonies.
- Hexa Pinball : Les Français d’Hexa présentaient Space Hunt ainsi que Les Trois Mousquetaires, dont le prototype avait été retenu par les douanes américaines lors d’un salon précédent. La qualité du travail du cuir sur l’apron et la finition artisanale démontrent que les petites structures européennes sont capables de rivaliser sur le plan qualitatif avec les standards industriels d’outre-Atlantique.
- Multimorphic (Plateforme P3) : La firme texane présentait Dungeon Crawler Carl et Ender’s Game sur sa base modulable P3. L’ingénierie mécanique impressionne avec un module rotatif supérieur complexe et une rampe transparente qui bouleverse les repères visuels habituels. Si le tir réflexe immédiat sous les batteurs s’avère particulièrement punitif en cas d’imprécision, l’innovation permanente de Multimorphic mérite d’être saluée, même si la configuration à écran interactif intégral reste un produit de niche sur le marché européen.
- Dutch Pinball et Cointaker : Outre des versions luxueuses The Big Lebowski Jesus Edition surmontées d’un topper motorisé spectaculaire, toutes les discussions convergeaient vers la concrétisation de leur projet Back to the Future. Malgré l’excitation suscitée par cette licence mythique, le défi logistique et industriel qui attend Dutch Pinball pour honorer la demande mondiale sera colossal.

La zone Homebrew : le véritable poumon créatif du salon
C’est incontestablement dans l’espace Homebrew, soutenu par Marco, Fast Pinball et Trident Pinball, que bat le cœur de l’innovation. Avec plus de 50 machines artisanales uniques réunies, ce lieu d’échange entre développeurs indépendants préfigure les standards industriels de demain.
Parmi les créations les plus marquantes :
- Akira Pinball : Une réalisation spectaculaire intégrant un écran miniature monté sur un système de rails motorisés sous le plateau pour simuler des séquences de poursuite animées.
- Borderlands 2 : Doté d’un plateau dynamique dont certaines sections basculent mécaniquement en cours de partie pour modifier les lignes de visée.
- Shaolin Pinball : Un prototype expérimental remplaçant les boutons de caisse traditionnels par des capteurs de mouvement optiques réagissant aux gestes des bras du joueur.
- Who Shot Mr. Burns : Une réinterprétation complète d’un layout Williams aux couleurs d’un des épisodes les plus cultes des Simpson, avec caisse, translite et règles entièrement réécrites.
- Bootleggers (Pinforge) : Trois exemplaires d’un projet de flipper entièrement open-source. Les plans, le code et l’ingénierie mécanique sont mis gratuitement à disposition de la communauté pour que chaque passionné puisse assembler ou re-thématiser sa propre machine.
- Monster League Hockey : Conçu par Killdozer Studios et désormais industrialisé en partenariat avec Rams Pinball, ce jeu en confrontation directe à deux joueurs sur le thème du hockey fantastique prouve qu’un projet amateur audacieux peut franchir avec succès le cap de la commercialisation professionnelle.
Sur le front des modernisations, le kit Fish Tales 2.0 conçu par Cardona Pinball Designs prouve également que l’on peut insuffler une seconde jeunesse aux hits du passé : écran LCD additionnel en coin de plateau, sons réenregistrés et règles enrichies, tout en laissant le joueur basculer vers le code Williams originel en un clic.

Histoire, transmission et rencontres avec les légendes
La Pinball Expo ne se résume pas aux nouveautés commerciales : c’est un musée vivant. L’exposition personnelle de Rob Berk offrait un voyage dans le temps inestimable, permettant d’admirer des machines électromécaniques rares comme l’Empire Strikes Back australien de Hankin, un flipper entièrement transparent conçu pour les démonstrations de salon, ainsi que des jeux à billes mécaniques des années 1930 sur le thème du baseball avec lanceurs articulés.
Les séminaires du samedi ont permis de mesurer l’importance de la mémoire de cette industrie. La cérémonie du Pinball Hall of Fame a rendu un hommage vibrant à Pat Lawlor, créateur de The Addams Family et de Twilight Zone, entouré de l’ensemble des designers contemporains. Le séminaire suivant, co-animé par Pat Lawlor et Roger Sharpe au sujet de l’histoire complexe des licences dans le flipper, a livré des anecdotes industrielles passionnantes sur les tractations d’époque entre Williams, Bally et les studios hollywoodiens.
La deuxième journée s’est conclue de manière plus informelle dans l’atmosphère unique de la Logan Arcade à Chicago. Ce bar d’arcade historique, doté d’un alignement irréprochable de flippers parfaitement réglés et de bornes d’époque, constitue une étape incontournable pour tout amateur de passage dans l’Illinois.

Bilan : un âge d’or bien réel, mais des défis à surveiller
Cette édition 2026 de la Pinball Expo confirme que le flipper traverse une période de dynamisme sans précédent. La cohabitation entre des géants industriels capables de produire des milliers de machines par an et une scène artisanale indépendante extrêmement féconde tire l’ensemble du média vers le haut.
Le secteur doit néanmoins rester vigilant sur deux points cruciaux : l’inflation constante des prix d’accès qui restreint progressivement le marché aux collectionneurs aisés, et la tentation de la facilité autour des rééditions nostalgiques, qui ne doivent pas se faire au détriment de créations originales fortes.
Un grand merci à Rob Berk et à toute son équipe pour l’organisation sans faille et l’accueil chaleureux réservé à notre média durant ces quatre jours d’immersion totale. Le rendez-vous est d’ores et déjà pris pour l’édition 2027.
Et vous, quelle nouveauté ou prototype de cette Pinball Expo 2026 retient le plus votre attention ? Les remakes modernes justifient-ils selon vous l’abandon des modèles d’époque ? Partagez vos avis et vos retours dans les commentaires !


