Il existe une catégorie bien particulière de jeux de rôle qui refuse catégoriquement de prendre le joueur par la main. Issu du travail du studio indépendant Honor Games, YAR: Forgotten Throne autrefois connu sous le nom de Ancient Rus’ s’inscrit précisément dans cet héritage exigeant des RPG européens des années 2000. Disponible sur PC et fraîchement débarqué sur consoles de salon, ce titre plonge l’aventurier au cœur des Terres de Borée pour une épopée scénarisée en monde ouvert d’une densité surprenante. En dépit de rigidités techniques évidentes et de choix de production parfois discutables, cette aventure coche toutes les cases du plaisir brut pour qui accepte d’en surmonter l’austérité.

Lore et univers – Un voyage fascinant au cœur du folklore et des mythes slaves

Dès les premières minutes d’exploration dans les Terres de Borée, l’atmosphère de YAR: Forgotten Throne impose une identité visuelle et narrative d’une grande singularité. Le monde ouvert s’articule autour de plusieurs biomes distincts et abrite trois grandes colonies majeures qui servent de refuges au milieu d’une nature impitoyable.

L’intrigue principale place le joueur face à une noirceur mystique qui empoisonne activement la faune, la flore et les forêts environnantes. La force majeure du titre réside dans son ancrage profond au sein de la mythologie slave, convoquant des figures emblématiques des contes populaires telles que l’immortel Koschei en antagoniste majeur, la redoutable sorcière Baba Yaga ou encore le serpent géant à trois têtes Zmey Gorynych qui donne lieu à un affrontement d’anthologie. Le bestiaire traditionnel complète ce tableau sombre avec des loups garous et des mages hostiles capables d’utiliser le décor à leur avantage pour fuir en reculant lors des duels magiques.

Classes, quêtes et factions – Des archétypes variés au service d’une grande liberté de jeu

La progression s’appuie sur le choix initial entre trois archétypes fondamentaux qui façonnent directement la manière d’aborder les affrontements et l’exploration. Le guerrier se spécialise dans le combat lourd au corps à corps et s’appuie sur un éventail de huit compétences actives pour briser les défenses ennemies. L’archer privilégie les attaques à distance en tirant parti de quatre compétences dédiées, proposant au passage un souci du détail esthétique fort sympathique puisque les arcs et les carquois de flèches ou de carreaux sont physiquement visibles sur le modèle du personnage. Enfin, le Volkhv incarne le mage slave traditionnel en exploitant la magie via deux canaux distincts, manipulant soit des bâtons de sorcier pour déchaîner des sorts de zone, soit des anneaux enchantés pour des attaques plus ciblées.

Cet éventail de compétences prend tout son sens au milieu d’un catalogue généreux de plus de cent quêtes scénarisées principales et secondaires. L’univers est façonné par les intrigues de deux factions rivales majeures que le joueur peut choisir de rejoindre, influençant ainsi le déroulement des événements et la nature des récompenses obtenues sous forme d’or et de points d’expérience. La narration privilégie l’immersion en laissant le joueur explorer les ramifications politiques des Terres de Borée à son propre rythme.

Système d’artisanat et dimension bac à sable – Une profondeur de jeu colossale

L’aspect bac à sable du titre s’exprime avec une générosité remarquable à travers la profusion de métiers annexes mis à la disposition des aventuriers. L’artisanat ne se contente pas d’être un gadget secondaire et devient rapidement un pilier essentiel pour optimiser l’équipement de son personnage. Les joueurs peuvent s’investir dans la forge et la joaillerie pour créer des armes et des bijoux sur mesure, maîtriser l’alchimie et l’enchantement pour appliquer des bonus magiques dévastateurs, ou encore s’adonner à la cuisine et à la pêche pour confectionner des consommables indispensables à la survie lors des expéditions prolongées.

Cette richesse de systèmes garantit une autonomie appréciable où chaque ressource récoltée dans la nature trouve une utilité concrète. La combinaison des compétences de classe avec les objets créés de toutes pièces offre une marge de personnalisation très élevée, récompensant largement l’investissement des joueurs curieux qui prennent le temps de fouiller le monde.

Progression et gestion de la difficulté – L’intransigeance héritée de l’école Gothic

Sur le plan des mécaniques pures, le titre puise sans complexe son inspiration dans la formule historique de la série Gothic créée par Piranha Bytes. La courbe de progression se veut délibérément punitive et ne pardonne aucune erreur d’inattention lors des premières heures de jeu. Un simple monstre de forêt peut infliger jusqu’à 97 points de dégâts en un seul coup à un personnage novice qui ne possède que 100 points de vie au total. Afin d’éviter que les joueurs ne deviennent surpuissants trop rapidement en éliminant les mêmes créatures en boucle, les développeurs ont intégré un système strict de rendement décroissant de l’expérience qui réduit drastiquement les gains en cas de farming excessif.

Pour s’adapter aux différents profils d’aventuriers, le titre propose une gamme de paramètres allant du mode histoire plus accessible jusqu’au mode hardcore. Ce dernier applique un rationnement très strict sur l’utilisation des sauvegardes, transformant chaque sortie hors des colonies en une véritable épreuve de nerf. Cette exigence assume totalement son statut de filtre à l’entrée mais procure un sentiment d’accomplissement extrêmement gratifiant dès que l’équipement commence à se renforcer.

Réalisation, doublages et usage de l’IA – Les controverses d’un développement ambitieux

Si le charme esthétique des Terres de Borée opère immédiatement grâce à une direction artistique sombre et un sound design environnemental très réussi, la réalisation globale souffre de faiblesses techniques marquées. Le système de combat produit cette sensation typique des productions dites euro jank, affichant des hitboxes parfois imprécises, un ciblage perfectible et un manque de sensations à l’impact des coups. Par ailleurs, la finition linguistique pose question. Si le jeu est localisé dans plus de quinze langues, le studio Honor Games a officiellement reconnu sur sa page Steam avoir utilisé des outils d’intelligence artificielle pour l’ensemble des traductions autres que la version originale russe, entraînant des contresens et des phrases incomplètes qui entachent parfois la lecture des dialogues.

Cette utilisation des technologies génératives s’étend également au design de certaines illustrations du mini jeu de cartes à collectionner baptisé Koschuny ainsi qu’à une partie de la jaquette officielle du jeu. De plus, la gestion du doublage vocal s’avère inégale : seules les sept premières heures situées dans la zone de départ bénéficient de voix anglaises complètes, le reste de l’aventure repassant en audio russe ou en texte muet. Malgré ces choix de production polémiques et l’ombre d’un précédent projet du studio interrompu prématurément, le jeu réussit l’exploit de captiver les passionnés sur le long terme.

Durée de vie et accueil communautaire – Un clivage marquant entre rejet immédiat et passion dévorante

YAR: Forgotten Throne affiche une durée de vie solide oscillant entre 35 et 50 heures de jeu pour venir à bout du contenu principal fait main. La structure du titre génère un contraste saisissant au niveau des retours de la communauté. D’un côté, une tranche de joueurs baisse rapidement les bras au bout d’une vingtaine de minutes d’essai, rebutée par la rigidité des déplacements, l’austérité des menus et les petits bugs du tutoriel. De l’autre côté, les aventuriers qui dépassent ce cap initial basculent très souvent dans des sessions de jeu intenses pouvant atteindre 60 heures d’exploration passionnée.

Pour son prix indicatif très modéré de moins de vingt euros sur PC et environ vingt cinq livres sur consoles, le contrat est amplement rempli pour qui recherche un bac à sable exigeant et généreux. L’accueil globalement très positif sur Steam témoigne de la réussite de cette proposition de niche auprès de son public cible.

Verdict LPDD

Terry Buron

Note finale
80%

Conclusion – Une aventure exigeante réservée aux passionnés du genre

En définitive, YAR: Forgotten Throne s’impose comme une proposition atypique et généreuse qui s’adresse en priorité aux nostalgiques des jeux de rôle exigeants d’autrefois. En dépit de combats bancals, d’animations datées et d’une finition linguistique entachée par la traduction automatique, le titre offre un univers immersif porté par le folklore slave et des systèmes d’artisanat particulièrement gratifiants. Une expérience imparfaite mais authentique qui saura récompenser les aventuriers prêts à passer outre ses défauts initiaux.

On aime
L’ambiance slave sombre et immersive mettant en scène les figures cultes du folklore comme Baba Yaga et Koschei.
La richesse des systèmes de jeu mariant trois classes distinctes, choix de factions et plus de cent quêtes.
La grande profondeur de l’artisanat couvrant la forge, la joaillerie, l’alchimie, la cuisine et la pêche.
La nostalgie assumée des RPG exigeants des années 2000 dans la lignée directe de la saga Gothic.
La générosité du contenu fait main proposé pour un prix indicatif particulièrement accessible.
La transparence du studio concernant la structure de son jeu et l’utilisation de l’intelligence artificielle.

On aime moins
Les combats bancals qui manquent de précision dans les hitboxes et de sensations à l’impact.
La traduction française réalisée par intelligence artificielle générant des phrases approximatives.
Le doublage vocal partiel qui disparaît progressivement après la première zone de jeu.
La courbe de difficulté initiale très austère qui risque de décourager les joueurs peu patients.
La rigidité générale des animations du personnage et les petits bugs au lancement.

80%