Cairn, c’est le genre de jeu qui ne te demande pas si tu vas aimer. Il te regarde droit dans les yeux et te dit simplement : monte… et assume tout ce qui va suivre.

Cairn, dès les premières minutes, installe une atmosphère très particulière. Ce jeu ne te prend jamais par la main. Cairn te place face à une paroi abrupte, un sac sur le dos, du vide sous les pieds, et te laisse comprendre seul ce que cela implique. Très vite, tu réalises que tu n’es pas là pour consommer une expérience rapide. Tu es là pour vivre une ascension. Une vraie. Lente. Dure. Parfois injuste.
Et toi, lecteur, tu le ressens immédiatement. Cairn ne te parle pas comme à un joueur, mais comme à quelqu’un qui a accepté un défi. Il ne s’agit pas de battre un niveau, mais de survivre à une montagne qui ne se soucie pas de ta réussite.

Gameplay – Quand chaque mouvement devient une décision

Cairn, dans son gameplay, propose quelque chose de radicalement différent de ce que l’on connaît habituellement. Ici, tu ne contrôles pas simplement un personnage qui grimpe automatiquement. Tu contrôles chaque intention. Chaque geste. Chaque déplacement du corps d’Aava. Cairn transforme la grimpe en une mécanique presque organique, où tu dois penser comme un alpiniste et non comme un joueur.

Au début, l’expérience est déroutante. Les mouvements sont lents. Les commandes demandent de la précision. Tu hésites et tu observes. Tu testes. Cairn te pousse à prendre ton temps, à analyser la roche, à comprendre pourquoi une prise fonctionne et pourquoi une autre te trahit. Petit à petit, une forme de langage s’installe entre toi et la montagne. Tu reconnais les fissures utiles. Mais pas que, tu anticipes aussi les zones dangereuses. Tu comprends quand l’endurance va lâcher.

La fatigue de l’ascencion

La gestion de la fatigue est au cœur de l’expérience. Les bras tremblent. Les jambes flanchent. Les sons d’effort d’Aava deviennent des alertes. Cairn ne te crie jamais dessus, mais il te prévient. Et si tu ignores ces signaux, la chute n’est jamais loin. Il est parfois possible de gagner quelques secondes en secouant un membre épuisé, mais cela reste une solution temporaire. Il faut toujours trouver une position stable. Toujours.

Le système de pitons et de relais est l’un des piliers du gameplay. Il te permet de sécuriser ta progression, de souffler, de planifier la suite. Mais ces ressources sont limitées. Cairn t’oblige à réfléchir en permanence. Est-ce le bon moment pour sécuriser ici, ou faut-il tenter encore quelques mètres ? Chaque décision crée une tension constante, car l’erreur se paie cher.

Climbot, le compagnon robotique, n’est jamais envahissant. Il est discret, utile, presque rassurant. Pourtant, sa présence souligne aussi ta solitude. Lorsqu’il tombe, ou que tu découvres d’autres Climbots abandonnés sur la montagne, Cairn te rappelle brutalement ce qui arrive à ceux qui n’ont pas fait les bons choix.

Graphismes – Une beauté austère et honnête

Cairn fait un choix visuel fort. Il ne cherche pas à impressionner par la surenchère technique. Il cherche à être crédible. La montagne est belle, mais elle est surtout intimidante. Chaque paroi semble solide, lourde, dangereuse. Les textures racontent une histoire de temps, d’érosion, de violence naturelle.

La progression en altitude se ressent visuellement. Les couleurs évoluent. La végétation disparaît peu à peu. Le ciel devient plus dur. Cairn utilise ces changements pour renforcer le sentiment de montée, de dépassement, mais aussi d’isolement. Plus tu montes, plus le monde semble lointain.

Les panoramas sont souvent sublimes, mais jamais gratuits. Ils arrivent après l’effort. Après la peur. Ils servent de récompense silencieuse. Regarder le vide sous tes pieds provoque autant de fierté que de malaise. Cairn réussit à rendre la hauteur palpable, presque oppressante.

Les zones secondaires, comme les grottes, les terrasses ou les anciens campements, ajoutent une richesse visuelle et narrative. Elles donnent le sentiment que cette montagne a été vécue, exploitée, abandonnée. Et que toi, tu n’es qu’un passage de plus.

Bande-son – Entendre la montagne respirer

Cairn comprend quelque chose que peu de jeux osent assumer. Le silence est parfois plus puissant que la musique. La bande-son est discrète, presque timide. Et c’est exactement ce qu’il faut.

Les bruits de pas, le frottement de la peau sur la roche, le souffle d’Aava, le vent qui siffle, tout participe à une immersion totale. Cairn te fait ressentir l’effort, la peur, la fatigue, simplement par le son. La musique intervient rarement, mais toujours avec justesse, pour souligner un moment clé, une découverte ou une émotion particulière.

Ce choix sonore renforce la solitude. Tu n’es pas accompagné par une mélodie héroïque. Tu es seul avec la montagne. Et parfois, ce silence devient pesant. Presque angoissant.

Scénario – Une ascension autant mentale que physique

Cairn ne raconte pas son histoire de manière classique. Il ne t’impose rien. Il suggère. Aava est une grimpeuse expérimentée, mais son obsession pour cette montagne cache autre chose. Les messages audio, les silences, les réactions parfois abruptes aux nouvelles du monde extérieur laissent deviner une blessure profonde.

La relation avec Climbot, les appels ignorés, les mots durs lancés au robot, tout construit un portrait complexe. Cairn parle de fuite, de culpabilité, de besoin de se confronter à quelque chose de plus grand que soi. Sans jamais tomber dans le mélodrame.

La montagne devient un miroir. Les traces laissées par d’autres grimpeurs, les corps retrouvés, les camps abandonnés racontent autant d’histoires que la sienne. Plus tu montes, plus tu comprends que le sommet n’est peut-être pas la vraie destination.

Conclusion – Accepter ou refuser l’appel de Cairn

Cairn n’est pas un jeu que tu recommandes à tout le monde. Et c’est précisément ce qui fait sa force. Il demande du temps. De la patience. De l’humilité. Mais si tu acceptes ses règles, Cairn t’offre une expérience rare, presque intime.

C’est un jeu qui te marque. Un jeu dont tu reparles. Un jeu qui te fait réfléchir à pourquoi tu continues de monter, même quand tout te dit de redescendre.

Cairn ne promet pas la réussite. Il promet une ascension. Et parfois, c’est largement suffisant.

Cairn est exigeant, intense et profondément mémorable. Une montagne qui mérite d’être affrontée.

8.5/10

Résumé

Les +

  • Immersion

  • Tension

  • Précision

  • Liberté

  • Verticalité

  • Sensations

  • Atmosphère

  • Direction artistique

  • Sound design

  • Narration environnementale

  • Exigence

Les –

  • Difficulté

  • Rigidité

  • Punitivité

  • Apprentissage

  • Rythme lent

  • Accessibilité

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