Si le concept culte de Snowpiercer, un train fendant un monde post-apocalyptique gelé semblait taillé pour le jeu vidéo, aucune adaptation officielle n’avait encore sauté le pas. C’est là qu’intervient EverRail, une relecture de cette idée que j’ai pu tester avant sa sortie en accès anticipé sur Steam. Dans un futur lointain, l’humanité tente de coloniser la lune glacée Epsilon Inara grâce à des infrastructures automatisées. Problème : les machines ont été infectées et les colons sont restés bloqués en stase. Propulsé aux commandes d’un train de survie, votre mission est claire : secourir les survivants, piller les bases ennemies et maintenir votre foyer roulant à afloat au milieu d’un froid éternel.
EverRail surprend immédiatement en mélangeant les genres de manière audacieuse et particulièrement intense. Le titre pioche allègrement dans les mécaniques de survie traditionnelles, vous imposant de gérer la faim, la vôtre comme celle des colons secourus, tout en vous plongeant dans une boucle d’artisanat effrénée. Rien n’étant permanent sur cette lune hostile, vos outils et armes s’usent et finissent par se briser, vous obligeant à recycler constamment les matériaux bruts glanés lors de vos sorties. La grande force du concept réside dans votre train, qui fait office de base mobile. Plus besoin de planifier le long et fastidieux voyage de retour après une expédition : votre maison avance avec vous sur les rails.
Un gameplay sous haute tension entre gestion ferroviaire et extraction
Le gameplay d’EverRail se structure comme un savant mélange de jeu de tir à extraction et de simulation ferroviaire pure, le tout enrobé dans une tension de tous les instants. Chaque halte dans un avant-poste se transforme en une course contre la montre dictée par l’autonomie limitée des batteries du train. Vos sorties à la première ou troisième personne lorgnent du côté de la simulation militaire : aucun bouclier ni armure de départ, une santé non régénérative et des tirs ennemis qui amputent une énorme partie de votre vie. Si vous mourez, vous pouvez tenter de récupérer votre équipement sur votre cadavre lors de la vie suivante — les survivants sauvés faisant office de vies de réserve, mais une mauvaise série de décisions peut définitivement anéantir toute votre progression.
Piloter le train demande une attention constante qui rappelle la coordination exigée par un Sea of Thieves. Il n’y a pas d’autopilote. Au poste de contrôle, vous devez superviser la gestion de la vitesse, le choix des aiguillages ainsi que le freinage manuel à l’approche des virages dangereux. Lors des phases en expédition, la priorité se déplace vers l’extraction express des ressources, la survie militaire face aux robots infectés et la surveillance stricte de la batterie du train. Enfin, la vie dans les wagons s’articule autour de l’artisanat d’urgence pour remplacer vos outils brisés et de l’entretien des modules de survie des colons. À quatre joueurs, la charge de travail est lourde mais gérable. En solo, le titre se transforme en un mode de difficulté extrême et impitoyable où le moindre moment de répit disparaît.
Plusieurs défauts malgré tout
L’expérience globale souffre toutefois de plusieurs défauts de jeunesse liés à son statut d’accès anticipé qui se font durement ressentir en jeu. Le problème le plus flagrant concerne l’équilibrage général de l’aventure, car le nombre d’ennemis et les dégâts subis dans les outposts semblent calibrés uniquement pour un groupe de quatre joueurs, ce qui rend les sessions en solitaire presque impossibles sans ajuster manuellement la difficulté. L’interface souffre elle aussi d’un manque criant d’ergonomie qui oblige à équiper manuellement chaque objet sur sa ceinture depuis l’inventaire ou à cliquer un par un sur les éléments d’un coffre faute de bouton pour tout ramasser. Enfin, bien que vous puissiez agrandir votre train en y ajoutant des wagons, les colons secourus n’y apparaissent jamais physiquement, ce qui rend ce grand espace étrangement vide et déshumanisé au point de réduire les survivants à de simples ressources numériques.

Une réalisation technique correcte et des choix audacieux
Sur le plan technique, EverRail souffle le chaud et le froid mais s’en sort de façon honorable. Les graphismes sont tout à fait corrects pour le genre, bien que l’affichage du HDR souffre encore de quelques bugs visuels lorsque l’on s’attarde dans les menus d’options. Le design industriel du train et la désolation glacée de la lune posent une ambiance de science-fiction réussie.

Une ambiance sonore spatiale et robotique cohérente
La partie sonore se distingue par des choix originaux, notamment l’utilisation d’une intelligence artificielle générative pour moduler les voix des entités robotiques. Si le procédé renforce le côté artificiel des machines de la lune, on repère vite quelques fausses notes, comme les nombres dictés de manière textuelle (« cent quarante-sept ») plutôt que militaire (« un, quatre, sept »). Les effets sonores globaux restent de bonne facture, et le jeu surprend agréablement en équipant ses armes de bruitages laser futuristes très marqués, là où la majorité des productions de science-fiction contemporaines préfèrent s’en tenir aux armes à feu conventionnelles.

Le scénario – Un prétexte à la survie industrielle
L’intrigue d’EverRail sert avant tout de toile de fond pour justifier sa boucle de gameplay exigeante. L’histoire de cette colonisation lunaire qui tourne au cauchemar à cause d’une infection robotique est classique mais efficace, posant immédiatement des enjeux élevés pour le joueur. On regrette simplement que la narration ne s’étende pas davantage à bord du train et que l’absence visuelle des colons gâche une partie de l’implication émotionnelle que le titre essaie de bâtir à travers ses sauvetages désespérés.

Ma conclusion
Pour conclure, EverRail pose des bases extrêmement solides et intrigantes pour son entrée en accès anticipé. En combinant la gestion de ressources d’un jeu de survie, la tension d’un shooter à extraction et la rigueur d’une simulation ferroviaire, le titre propose une expérience brute, exigeante et hautement addictive. Si les joueurs solitaires pesteront contre un équilibrage initialement pensé pour la coopération et des lourdeurs d’interface évidentes, le potentiel est immense. Le studio prévoit de peaufiner sa formule pendant au moins un an, mais il y a déjà largement de quoi s’investir pour les amateurs de défis corsés en milieu hostile.



