Après seulement quelques heures passées sur Forsaken Realms: Vahrin’s Call, une évidence s’impose avec une force nostalgique rare : le titre respire le charme inégalable de la « vieille école ». Malgré un habillage graphique résolument moderne aux environnements particulièrement denses et parfois extrêmement gourmands en ressources, le jeu rappelle immédiatement les grandes heures de productions culte telles que Two Worlds II. Un brin rugueux dans ses mécaniques, parfois déséquilibré et totalement sans concession sur la prise en main, le titre développé par Titan-Forge Games compense ses maladresses de jeunesse par une générosité exemplaire, une liberté d’exploration incroyablement gratifiante et une âme sincère devenues bien rares dans le paysage vidéoludique actuel.

Dans Forsaken Realms: Vahrin’s Call, vous incarnez un mercenaire parachuté au cœur du royaume en perdition de Vahrin. Rongé par les invasions dévastatrices d’insectoïdes géants, les attaques incessantes de hordes de morts-vivants et les exactions de bandes de pillards opportunistes, le pays voit ses structures gouvernementales et militaires s’effondrer totalement. Haché par ces menaces multiples, le territoire n’a d’autre choix que d’embaucher des bras pour tenter de restaurer un semblant d’ordre et de sécurité. Bien que le pitch de départ reste relativement fonctionnel et classique pour de la high fantasy, le titre surprend en optant pour une narration semi-ouverte et strictement linéaire où les choix d’alignement ou d’orientation morale sont absents. Si les écrits et le lore restent assez convenus sans jamais atteindre des sommets d’originalité, le décalage frappant entre l’ambiance apocalyptique décrite par l’histoire et la beauté luxuriante, féerique et colorée des décors donne au voyage un cachet très particulier. L’univers se montre visuellement somptueux et riche en détails, créant un contraste fascinant où la nature resplendissante s’oppose à la détresse de ses habitants.

Chaque région traversée par votre mercenaire témoigne d’un travail minutieux sur la construction du monde, même si l’écriture peine parfois à exploiter tout le potentiel de ses propres prémisses. En effet, alors que la scène d’introduction et plusieurs écrits disséminés évoquent une crise géopolitique globale frappant l’ensemble des continents voisins, le récit reste très centré sur les événements locaux de Vahrin sans jamais offrir d’ouverture vers l’extérieur. C’est une occasion manquée de développer un univers plus riche et tentaculaire, mais ce choix permet au studio de se concentrer sur une aventure auto-contenue. Les amateurs de secrets et de narration environnementale apprécieront néanmoins la présence de nombreux documents, lettres abandonnées et journaux intimes qui viennent combler les trous de la trame principale, apportant un supplément d’immersion très appréciable pour qui prend le temps de tout lire.

Un gameplay axé sur l’exploration libre, le parkour et le crafting

Le gameplay de Forsaken Realms: Vahrin’s Call brille avant tout par sa structure d’exploration particulièrement aboutie et gratifiante. Le monde est découpé en grandes zones interconnectées par des points de passage, dotées d’architectures verticales bourrées de chemins secondaires, de devinettes environnementales complexes et de coffres dissimulés qui n’apparaissent jamais sur votre carte. Grâce à une grande liberté de mouvement incluant du parkour précis, des escalades audacieuses et des sauts millimétrés, fouiller chaque recoin s’avère extrêmement satisfaisant. Contrairement aux jeux de rôle classiques où les capacités se débloquent en montant simplement de niveau, l’amélioration de votre héros passe impérativement par la découverte de livres de compétences cachés dans le décor. Mention spéciale aux petites statues de Genomy dissimulées à détruire rappelant le concept des grenouilles Kerotan de Metal Gear Solid 3 qui demandent une observation minutieuse du terrain et récompensent dignement les aventuriers les plus méticuleux du royaume.

Côté combat et progression, le jeu abandonne le système de classes rigide au profit d’une flexibilité totale. Vous pouvez réattribuer l’intégralité de vos points gratuitement et à tout moment afin de tester différentes synergies, passant en un instant d’un mage élémentaire à un archer poseur de pièges ou à un guerrier lourd. Les affrontements à distance et la magie s’avèrent très satisfaisants tactiquement en jouant sur les effets de statut, les pièges de contrôle et le placement, tandis que les duels au corps-à-corps souffrent d’une certaine lourdeur dans les parades et les contre-attaques. L’alchimie et le système d’amélioration au Hameau (votre base d’opérations centrale) apportent une vraie profondeur technique, permettant de fabriquer des potions sur mesure, d’améliorer l’équipement chez le forgeron ou de recycler le matériel superflu. Cependant, l’alchimie devient totalement déséquilibrée en fin de partie grâce aux potions d’expérience qui permettent de maximiser son personnage à une vitesse fulgurante.

Quelques petits défauts de jeunesse

Le titre accuse toutefois quelques défauts de jeunesse assez marqués qui gâchent un peu l’expérience globale. L’interface utilisateur pour la gestion de l’inventaire, de l’artisanat et des compétences est particulièrement austère et minimale, ressemblant davantage à un prototype brut qu’à un menu élaboré de jeu commercial. De plus, l’intelligence artificielle des ennemis montre rapidement de sévères limites : il n’est pas rare de voir des monstres rester totalement immobiles sous un déluge de flèches, ou se retrouver incapables d’effectuer un calcul de trajectoire dès que vous vous trouvez sur un terrain légèrement surélevé. Enfin, l’absence de pouvoirs passifs originaux ou spectaculaires sur la plupart des armes dites « légendaires », combinée à une courbe de difficulté qui s’effondre littéralement après la mi-parcours sous l’effet du power creep, tempère le plaisir des amateurs de défis corsés.

Une réalisation artistique luxuriante et généreuse

Sur le plan visuel, le titre impressionne par la densité remarquable de sa végétation, la richesse de ses objets de décor et la qualité saisissante de ses éclairages naturels. Traverser les forêts chatoyantes, les champs prêts pour la récolte et les ruines antiques offre un spectacle superbe qui donne une véritable identité au royaume de Vahrin. Les textures retravaillées et les effets de lumière traversant la canopée créent des panoramas mémorables qui invitent régulièrement à l’émerveillement.

Cette profusion de détails graphiques et de végétation haute densité a toutefois un coût non négligeable sur l’optimisation globale du titre. Le moteur affiche des baisses de framerate parfois violentes et des ratés de fluidité dans les zones les plus chargées en éléments visuels ou lors des combats regroupant de nombreux effets magiques. Un travail de peaufinage technique sur les correctifs à venir sera indispensable pour garantir une fluidité constante sur l’ensemble des configurations.

Une ambiance sonore classique mais efficace

La partie sonore accompagne l’exploration avec une grande discrétion en privilégiant des thèmes orchestraux légers qui savent s’effacer pour laisser place aux bruits de la nature. Les compositions montent en intensité lors des affrontements majeurs contre les boss, apportant la dose d’épique nécessaire pour marquer les temps forts de l’aventure. La musique d’ambiance contribue ainsi à renforcer cette atmosphère de conte fantastique un brin nostalgique.

Les bruitages environnementaux, le cliquetis des armures, le souffle du vent et la résonance des sorts magiques apportent ce qu’il faut de crédibilité et de poids aux affrontements. Les doublages vocaux demeurent quant à eux assez convenus et inégaux selon les personnages rencontrés, mais ils restent suffisamment corrects dans l’ensemble pour soutenir le déroulement des différentes quêtes sans briser l’immersion.

Le scénario – Une aventure fantastique traditionnelle

L’intrigue narrative de Forsaken Realms: Vahrin’s Call reste très fonctionnelle et sert principalement de prétexte à la pérégrination et à la chasse aux trésors. Bien que le lore de l’univers s’enrichisse à travers de nombreuses notes et journaux intimes disséminés dans les décombres de l’ancien monde, le récit principal manque de rebondissements marquants ou d’antagonistes réellement mémorables. On avance d’objectif en objectif avec le sentiment de suivre un chemin balisé classique de la fantasy.

Les quêtes secondaires apportent néanmoins d’agréables petites surprises narratives ou des secrets bienvenus, venant nuancer la linéarité de la trame principale. Si l’histoire globale manque d’un brin de folie et d’enjeux personnels poignants pour captiver de bout en bout, elle offre un cadre solide et suffisant pour porter le joueur à travers les différentes régions du jeu sans jamais susciter d’ennui.

Ma conclusion

En conclusion, Forsaken Realms: Vahrin’s Call est un vrai coup de cœur nostalgique pour qui sait fermer les yeux sur son manque évident de finition et ses aspects un peu brutaux. Malgré une intelligence artificielle souvent aux fraises, un équilibrage bancal en fin de partie et un fouillis d’interface regrettable, sa générosité débordante, son système de progression organique lié à la découverte et le plaisir brut de son exploration verticale en font une aventure captivante. Une pépite imparfaite mais pétrie de bonnes intentions qui ravira les passionnés de RPG à l’ancienne.

8/10

Résumé

Les +

  • Exploration

  • Liberté

  • Parkour

  • Rejouabilité

Les –

  • Interface

  • Équilibrage

  • Optimisation

  • Intelligence