Attendu au tournant par des millions de fans à travers la planète, Marvel’s Wolverine s’offre enfin aux joueurs dans une formule drastiquement différente de la recette qui avait fait le succès retentissant de Spider-Man sur PS4 et PS5. Loin de la liberté aérienne de Manhattan, de la haute voltige au-dessus des gratte-ciels et des cabrioles acrobatiques de Peter Parker ou Miles Morales, les aventures de Logan prennent la forme d’un jeu d’action linéaire survolté, brut et sans la moindre concession. Si les premiers retours ont parfois manqué de mesure à son égard, taillant dans le vif avec la même précipitation que notre mutant préféré, le titre du studio Insomniac Games s’impose comme une expérience particulièrement ludique, visuelle et exigeante. Porté par des affrontements ultra-dynamiques où l’adamantium fait parler la poudre et par une écriture qui apporte des changements audacieux et rafraîchissants à la grande tapisserie des X-Men, le plus teigneux des super-héros Marvel livre une copie d’une générosité rare qui réjouira les amateurs d’action débridée.

Scénario et univers – Une réécriture audacieuse de la mythologie X-Men

Sur le plan scénaristique, le jeu fait le choix particulièrement gratifiant de ne pas simplement réciter les arcs narratifs vus et revus jusqu’à l’écœurement dans les comics, les séries animées ou au cinéma. L’histoire s’approprie le personnage complexe de Logan tout en instaurant des évolutions fascinantes et des twists saisissants au sein du grand univers des X-Men. Là où les aventures du Tisseur chez le même développeur s’appliquaient à réinventer le Sinister Six tout en restant très fidèles aux codes classiques de la Maison des Idées, Wolverine ose bousculer le statut quo de manière beaucoup plus frontale et tranchante. Les interactions riches avec d’autres figures emblématiques du lore Marvel et les révélations narratives s’enchaînent avec un rythme soutenu, maintenant un intérêt constant sans jamais laisser essouffler l’intrigue.

Cette narration linéaire parfaitement maîtrisée permet d’offrir une mise en scène cinématographique percutante, infiniment plus recentrée sur la psychologie tourmentée et le passé sombre du héros à la Weapon X. Contrairement à l’ambiance lumineuse et optimiste d’un Marvel’s Spider-Man, le ton est ici résolument mature, poisseux et viscéral. Les amateurs du grand catalogue Marvel apprécieront particulièrement la manière dont les scénaristes ont su moderniser certains pans du lore des labos obscurs de Weapon X aux ruelles malfamées de Madripoor, tout en respectant scrupuleusement l’ADN sauvage, tragique et solitaire qui caractérise Serval depuis sa première apparition face à Hulk dans les années 70.

Gameplay – Un système de combat viscéral et un rythme effréné

Le véritable cœur du jeu réside dans son système d’affrontements d’une brutalité jouissive et hautement gratifiante. Alors que Spider-Man misait sur la verticalité, les tirs de toiles à gogo et les esquives aériennes gracieux, Wolverine combat les pieds ancrés dans le sol avec la fureur d’un animal traqué. Bien que la boucle de gameplay repose sur des mécaniques fondamentalement classiques mêlant attaques directes, parades, contre-attaques d’adamantium et esquives serrées, la variété impressionnante du bestiaire et le nombre massif d’adversaires qui se ruent sur vous forcent le joueur à adapter sans cesse ses tactiques. L’arbre de progression particulièrement fourni, les nouveaux combos débloqués au fil de la campagne et l’introduction régulière de types d’ennemis inédits évitent toute forme de monotonie, transformant chaque arène de combat en une chorégraphie sanglante d’une férocité rare.

Les phases d’infiltration, quant à elles, adoptent une approche bien plus sommaire que les séquences d’observation depuis les gouttières aperçues dans les autres productions Insomniac. Ici, l’infiltration se résume principalement à utiliser le flair animal de Logan pour repérer les proies, surprendre quelques gardes isolés ou fondre brutalement sur une cible éloignée depuis un point en hauteur. Cependant, cette légèreté dans le stealth ne constitue pas un réel frein à la progression : dans la peau de Wolverine, personne n’a vraiment envie de jouer les passe-murailles pendant des heures. L’approche discrète sert avant tout de court préambule stratégique pour réduire les rangs ennemis avant de plonger tête baissée dans une mêlée générale inévitable, d’annihiler la menace sous une pluie de coups et d’exprimer toute la rage du mutant.

Graphismes et technique – Une mise en scène sanglante et percutante

Visuellement, le titre rend un hommage vibrant et spectaculaire à la férocité légendaire du mutant canadien. Les impacts de griffes sont lourdement ressentis à chaque pression de touche et l’action ne faiblit jamais, offrant un spectacle visuel organique où le sang coule à flots et où chaque coup porté laisse des balafres visibles sur le corps des adversaires comme sur celui de Logan lui-même. Le facteur guérisseur du personnage n’est pas qu’un simple gadget de lore : il s’incarne magnifiquement à l’écran par la régénération en temps réel des chairs et du costume déchiqueté du héros, prouvant une fois de plus la maîtrise technique du studio sur la console de Sony.

La modélisation d’une précision chirurgicale et la fluidité irréprochable des animations lors des exécutions rapprochées contribuent grandement à la sensation d’immersion totale. Si les aventures de l’Araignée brillaient par la distance d’affichage phénoménale d’un New York plus vrai que nature, Marvel’s Wolverine resserre la focale sur le détail brut, la crasse des décors et la violence des micro-expressions en plein combat. Malgré la densité folle des affrontements et le nombre faramineux de projectiles et d’ennemis affichés simultanément à l’écran, le moteur graphique tient le choc sans broncher, offrant un framerate d’une stabilité exemplaire indispensable à un jeu d’action aussi exigeant et nerveux.

Ambiance sonore – Le rugissement de l’adamantium

L’enrobage sonore réalise un travail d’orfèvre pour soutenir l’intensité constante de l’action et participer pleinement à l’efficacité redoutable des combats. Les bruitages métalliques caractéristiques des griffes d’adamantium qui claquent, fendent l’air et tranchent le métal ou la chair apportent un retour d’impact (hit-stop) extrêmement satisfaisant à chaque prise de décision. On ressent la lourdeur des os renforcés de Logan ainsi que la puissance dévastatrice de ses bonds sauvages dès que le combat s’emballe.

La bande-son, de son côté, accompagne intelligemment la montée en pression des affrontements en délaissant l’envolée symphonique héroïque propre à la franchise Spider-Man au profit de thèmes plus sombres, lourds, industriels et percutants lors des batailles rangées. Elle sait aussi s’effacer pour laisser place à des sonorités plus intimes et pesantes durant les phases d’exploration et de recherche. Les doublages enfin, habités par une interprétation magistrale et rocailleuse du héros, apportent une épaisseur dramatique considérable aux dialogues, renforçant le charisme brut d’un personnage qui est clairement « le meilleur dans sa partie », même si sa partie n’est pas toujours très propre.

Les rares limites – Une formule d’action parfois convenue

Malgré ses immenses qualités défoulantes et sa maîtrise formelle indiscutable, le jeu conserve quelques marges de progression évidentes qui l’empêchent d’atteindre la perfection absolue. Le système de combat, bien que d’une efficacité redoutable et d’une nervosité communicative, manque d’un poil de profondeur et de variété technique sur la durée lorsqu’on le compare aux ténors du beat ’em all pur et dur comme God of War ou Devil May Cry. Les joueurs habitués à une liberté totale de mouvements depuis la formule du Tisseur pourront également ressentir une certaine frustration face à la structure résolument linéaire du titre, jalonnée d’arènes fermées et de couloirs d’action très balisés. Enfin, les mécaniques d’infiltration restant très rudimentaires, elles peinent à renouveler le gameplay en dehors des grandes phases de baston générale.

Verdict LPDD

Terry Buron

Note finale
77%

Conclusion et verdict : Faut-il craquer pour Marvel’s Wolverine ?

En conclusion, Marvel’s Wolverine est un jeu d’action linéaire d’une générosité folle qui remplit haut la main son contrat et prouve une nouvelle fois la polyvalence impressionnante des équipes d’Insomniac Games. En faisant le pari audacieux de s’éloigner de la formule du monde ouvert pour se concentrer sur un rythme haletant, une brutalité assumée et un scénario captivant qui bouscule avec brio le lore des X-Men et de l’univers Marvel, le studio offre au mutant à l’adamantium le grand jeu vidéo qu’il méritait depuis des décennies.

S’il n’est pas forcément le titre le plus révolutionnaire de sa catégorie sur le strict plan des mécaniques de jeu, le plaisir pur procuré par ses affrontements sauvages, sa réalisation technique sans faille et le soin apporté à la personnalité de Logan en font une valeur sûre absolue. Une expérience incontournable pour tous les fans du héros griffu comme pour les amateurs de jeux d’action musclés et sans concession.

On aime
Les combats brutaux, exigeants, viscéraux et extrêmement satisfaisants.
L’écriture audacieuse qui réinvente avec brio des pans entiers du lore des X-Men.
La régénération du corps et du costume de Logan gérée en temps réel à l’écran.
Le rythme soutenu de la campagne et la variété constante des vagues d’ennemis.

On aime moins
Le système d’infiltration très basique qui sert uniquement de préambule au combat.
Un système de combo un peu en deçà des plus grands cadors du beat ’em all technique.
La structure linéaire en couloirs qui pourra surprendre les fans de Marvel’s Spider-Man.

77%