Dans une poignée de jours s’ouvrira la 42ème édition de la Pinball Expo à Chicago, le plus grand rassemblement au monde dédié au flipper. Avant de faire nos valises pour vous faire vivre l’événement de l’intérieur, nous avons eu le privilège de discuter en exclusivité avec l’homme par qui tout a commencé : Rob Berk. De la naissance d’un événement qui ne devait exister qu’une seule fois à sa passion inébranlable pour la bille d’acier, rencontre avec une véritable légende du milieu.
42 ans d’histoire et un « Wow Factor » intact
LPDD : Rob, pour quelqu’un en Europe qui n’a jamais entendu parler de la Pinball Expo, comment décririez-vous ce que l’on ressent en passant ces portes pour la première fois ?
Rob Berk : Quand vous marchez dans ce hall pour la première fois, il y a un véritable « Wow factor » que vous n’arriverez pas à croire. Vos yeux vont se perdre de tous les côtés, subjugués par la taille du salon et le nombre de passionnés présents. Absolument chaque fabricant connu sera représenté ici. Si vous aimez le flipper, c’est un rêve éveillé. Vous réaliserez vite que lorsque vous venez à l’Expo, vous n’aurez pas de très bonnes nuits de sommeil, parce que vous baignerez dans le flipper 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 !

LPDD : 42 éditions… c’est incroyable. À l’origine, ça ne devait être qu’un événement unique. À quel moment avez-vous réalisé que la machine avait pris vie d’elle-même ?
Rob Berk : Quand vous repensez à ce premier salon en 1985, il faut réaliser que mon rêve absolu était simplement d’honorer les designers et les artistes du flipper. Lors de notre banquet, Alvin Gottlieb a parlé pendant trois heures et demie ! Je ne savais pas qu’il parlerait aussi longtemps. Mais après ça, j’ai demandé à quatre designers de venir : Norm Clark, Steve Kordek, Wayne Neyens et Harvey Heiss (qui travaillait pour Genco). Pour moi, c’était l’occasion de leur dire qu’ils étaient responsables de notre passion, car ils n’avaient jamais été reconnus publiquement. C’était un rêve pour moi, j’étais juste un « outsider », un collectionneur qui sentait qu’il devait le faire.
Je pensais que j’avais accompli ma mission et que c’était terminé, c’était « one and done ». Mais très vite, les gens ont commencé à me demander quand aurait lieu la prochaine édition. C’est là que j’ai réalisé que c’était une vraie entité, un événement que les gens appréciaient profondément. L’industrie a aussi changé de mentalité. Dans les années 80, les fabricants nous disaient : « Vous savez, c’est juste un salon de hobbyistes, on ne gagne pas grand-chose à y être, mais on le fait pour vous faire une fleur. » Ça a été leur vision pendant des années. Mais demandez-leur aujourd’hui : ils vous diront que les collectionneurs sont devenus l’un de leurs clients principaux. Il y a eu un basculement complet dans cette industrie.

Les vrais héros de l’industrie
LPDD : Vous avez toujours dit que les vrais héros ne sont pas dans les bureaux de direction, mais que ce sont les designers et les artistes. Y a-t-il quelqu’un que le monde du flipper ne connaît pas encore assez et qui mériterait plus de reconnaissance ?
Rob Berk : C’est vraiment une question d’évolution de l’art et de la création du jeu. Aujourd’hui, on voit émerger des créateurs formidables, comme Jack Danger. Beaucoup de gens ne le connaissent pas encore forcément à 100%, mais quand vous prenez un jeu comme le récent Uncanny X-Men, je n’avais jamais vraiment suivi son travail de près avant, mais en y jouant je me suis dit : « Mais ce mec a vraiment des idées extrêmement cool ! » Plus un designer commence à créer des jeux, plus vous suivez son évolution, vous vous rendez compte que vous aimez son style particulier et vous devenez littéralement fan de son travail.

LPDD : En parlant de légende, Pat Lawlor (The Addams Family, Twilight Zone) vous a dit que ce serait probablement sa dernière Expo. Que diriez-vous à quelqu’un qui hésite encore à venir ?
Rob Berk : Pour quelqu’un comme moi qui a vu Pat Lawlor grandir et se développer dans ce milieu, il faut vraiment l’apprécier à sa juste valeur. Le problème avec une partie du public plus jeune, c’est qu’ils cherchent toujours la dernière nouveauté. Mais quand vous regardez la base des joueurs internationaux, et les classements des tops 10 de tous les temps, les titres de Pat Lawlor (The Addams Family, Twilight Zone, etc.) sont toujours là aujourd’hui !
Des gars comme lui ou Steve Ritchie (qui conçoit encore des jeux aujourd’hui) sont les vrais piliers de cette industrie. Ils sont encore en vie, ils sont à l’Expo pour échanger, signer des autographes. Quiconque est dans ce hobby devrait faire l’effort de les rencontrer. Ça me rappelle Dave Christensen, un artiste incroyable (Wizard, Captain Fantastic), qui venait aux premières Expos. Aujourd’hui il est décédé, et on ne peut plus lui poser de questions. Tant qu’ils sont vivants, ces piliers font tout pour venir. Par exemple cette année, Tony Ramunni, un artiste très populaire chez Bally dans le passé, vient spécialement d’Italie. Il n’était pas venu depuis 30 ans ! La Pinball Expo est le seul endroit au monde qui offre cette rencontre entre les anciens et les nouveaux.

LPDD : Les séminaires sont souvent sous-estimés. Si vous ne deviez en conseiller qu’un seul à un nouveau venu, lequel serait-ce ?
Rob Berk : Personnellement, j’apprécie particulièrement l’histoire et les plus anciens. Donc je dirais sans hésiter le séminaire intitulé « Réunir et célébrer le département artistique de Bally ». Si vous êtes un collectionneur, la chance de rencontrer tous ces gars sous le même toit en une seule fois est incroyable. Nous aurons Margaret Hudson (qui a fait Eight Ball), Paul Faris (Paragon), Tony Ramunni, Greg Freres, Kevin O’Connor, Doug Watson, Pat McMahon… Ces artistes étaient responsables de la création de tellement de pièces légendaires pour Bally que les voir tous ensemble, c’est génial pour comprendre l’histoire de cette industrie.
Et bien sûr, pour les plus jeunes qui nous écoutent, c’est toujours passionnant de rencontrer les équipes derrière les derniers jeux. Que ce soit les séminaires de Stern, de Jersey Jack, toutes leurs équipes de design sont sur place et leurs présentations sont toujours extrêmement appréciées.

Ce qui nous attend pour la 42ème édition
LPDD : Avez-vous un détail exclusif sur cette édition 2026 à nous confier ?
Rob Berk : Déjà, le fait que vous serez là ! Tout le monde le sait (rires). Plus sérieusement, nous avons énormément de concours de costumes cette année. Si vous voulez vous habiller en Sonic, vous pouvez participer au concours dédié. L’équipe française de Hexa Pinball vient avec son jeu et organise un concours sur le thème des Trois Mousquetaires. American Pinball a son thème sur le cirque (avec le remake de Circus Voltaire). Et Jake Danzig, l’un des créateurs « homebrew » (amateurs), a créé un monstre absolu appelé Monster League Hockey et aura aussi son concours de costumes !
Il y a une énergie folle à la Pinball Expo. Peu importe d’où vous venez en Europe, il y a tellement de choses à faire, à voir, de tournois, de conférences, que vous réaliserez vite qu’il n’y a tout simplement pas assez d’heures dans une journée. C’est pour ça que des passionnés du Royaume-Uni, d’Espagne, d’Italie, d’Argentine continuent de revenir chaque année : la proposition est tout simplement trop amusante.

LPDD : Le mercredi soir, c’est le Bumper Blast. Pour un Européen qui vient d’atterrir, fatigué, sans connaître personne, que s’y passe-t-il ?
Rob Berk : L’Enterrium est un immense centre de divertissement familial. Il y a tous les jeux vidéo, des jeux d’arcade, et même un bowling. C’est l’endroit parfait pour décompresser, manger un morceau, boire une bière et surtout connecter avec la communauté du monde entier. Ce qui est cool, c’est que vous ne connaissez peut-être personne en arrivant. Mais soudainement, quelqu’un va vous dire « Hey, tu as l’air cool, je t’offre un verre » et l’instant d’après vous avez des amis de toute l’Amérique. Ça fait partie du fun : tout le monde tient à tout le monde. Les gens se serrent la main, partagent des histoires de flipper. Des bus font même la navette depuis l’hôtel. C’est vraiment l’événement parfait pour briser la glace.

LPDD : Cette année, Hexa vient de France, Flippercraft d’Australie, Pedretti d’Italie… Quel message pour la communauté européenne ?
Rob Berk : J’ai toujours eu un grand amour pour la communauté française et européenne. J’ai pu rencontrer Raphael Lankar, qui avait créé un superbe musée du flipper à Paris. C’était ma première introduction à la scène française. Les Américains sont d’ailleurs très intrigués par le marché européen. Il y a quelques années en Espagne, j’ai découvert des flippers de la marque Zaccaria (Italie) et de Rally (France). Je n’avais jamais entendu parler de Rally, et pourtant j’aime beaucoup leurs jeux, dont les plateaux rappellent un peu ceux de Gottlieb.
La scène européenne est vraiment cool, avec des événements majeurs comme le Dutch Pinball Open en novembre. Et c’est formidable de voir des marques comme Flippercraft (Australie) ou Pedretti (Italie) faire l’effort financier et logistique de venir à l’Expo. Plus l’Europe entend parler de nous de manière positive, plus la base de collectionneurs grandit. Je sais aussi que Nicolas, le Français derrière PinSound, sera de la partie avec son équipe. Finalement, nous sommes tous là pour la même raison : l’amour du flipper.

L’avenir du flipper et la passion intacte de Rob
LPDD : Avec 53 créations « Homebrew » (amateurs) cette année, un record, pensez-vous que le prochain grand designer se trouve dans ce chapiteau ?
Rob Berk : C’est très possible ! L’année dernière, nous avons eu un gars venu d’Italie, Tadeg Norman, qui a présenté son jeu The Invaders. Il a été extrêmement bien reçu et son talent a impressionné tout le monde, ça nous a littéralement retourné le cerveau. On trouve chaque année des machines spectaculaires dans la zone Homebrew, avec des designs qui préfigurent le futur du flipper. Si vous écoutez cette interview, vous devez dire à votre mari, votre femme ou vos parents : « Je vais à la Pinball Expo, rejoignez-moi ou restez à la maison, mais j’y vais ! » (rires)

LPDD : Le flipper reflète la pop culture (Star Wars, Pokémon, etc.). Est-ce que c’est toujours « cool » pour un jeune de 20 ans en 2026 ?
Rob Berk : C’est une excellente question. Ma meilleure réponse, c’est que c’est cool si quelqu’un prend le temps de l’introduire à la machine. La moitié de l’introduction, c’est d’expliquer les règles. La plupart des gens qui s’approchent d’un flipper ont juste envie de taper dans la bille en espérant toucher un objectif. Mais si quelqu’un leur explique comment vraiment faire un « High Score », alors plus ils comprennent, plus ils jouent. Donc oui, pour un jeune d’aujourd’hui, c’est toujours une expérience incroyablement cool, à condition d’avoir les clés pour comprendre le jeu.

LPDD : Avec plus de 1200 machines et un record Guinness, y a-t-il un flipper qui vous échappe encore et qui vous hante ?
Rob Berk : Pour tous ceux qui nous regardent, je cherche activement les jeux suivants ! Game Plan a fait un flipper appelé Loch Ness Monster. Vous ne le trouverez probablement pas car je crois qu’il n’en existe qu’un seul exemplaire au monde. Ils ont aussi fait un jeu appelé Global Warfare. J’avais trouvé quelqu’un qui l’avait, mais il a refusé de me le vendre ! Sinon, j’ai récemment commencé à collectionner frénétiquement des machines que je n’avais jamais eu l’intention d’avoir : les flippers Bally à un joueur des années 60. J’y avais joué à l’époque, et aujourd’hui je me suis mis en tête de tous les réunir !

LPDD : Dernière question personnelle. En oubliant l’organisation et le Guinness Book, jouez-vous encore pour le plaisir ? Et si oui, dans quelle machine mettez-vous une pièce quand personne ne regarde ?
Rob Berk : Il y a trois ans, j’ai vu un ancien supermarché qui était fermé depuis des années, et je me suis dit : « Ce ne serait pas incroyable d’acheter ce lieu pour y mettre toutes mes machines ? » Parce que je possédais tellement de flippers que je n’avais même plus la place d’y jouer ou de voir certains titres. J’en ai parlé à ma femme, on l’a fait, et on a ouvert la salle Pastimes, avec le slogan : « Recréer les souvenirs d’hier, aujourd’hui ». Et pour répondre à la question de la pièce : vous payez 20 dollars à l’entrée et vous jouez toute la journée en accès libre !
Donc oui, je joue encore beaucoup. Ayant grandi avec les flippers des années 50 et 60, ce sont ceux que j’affectionne le plus. Mais nous avons aussi une « rangée internationale » avec des jeux européens ou même australiens. J’ai acheté un jeu Star Wars à la compagnie australienne Hankin. Puis, j’ai fini par leur acheter leurs 4 titres ! J’ai aussi des jeux de Taito (Brésil) ou Zaccaria. Si je devais nommer mes préférés absolus des années 90, ce seraient Theatre of Magic et Medieval Madness. Venez me voir à l’Expo, on en parlera !


