Onimusha Way of the Sword était-il le titre caprice que l’on n’osait plus espérer ? Il aura fallu patienter la bagatelle de vingt longues années depuis la sortie de Dawn of Dreams pour que Capcom se décide enfin à dépoussiérer l’une de ses licences les plus emblématiques. Oubliez tout ce que vous pensiez savoir sur la série ! Si le tout premier opus transposait la formule Resident Evil à l’époque féodale et que le troisième virait vers un délire temporel porté par Jean Reno, ce nouveau volet opère un reboot total.
Conditions de test : Nous avons éprouvé cette aventure sur une PS5 Pro via l’Édition Deluxe numérique. Notre test a nécessité environ 30 heures de jeu (contre une vingtaine en ligne droite) pour venir à bout de la quête principale et essorer le contenu annexe, nous permettant d’améliorer les statistiques de Musashi à leur paroxysme.
Au programme d’Onimusha Way of the Sword ? L’époque Edo
Le studio nippon nous propulse cette fois en pleine période Edo, nous glissant dans les getas du légendaire Miyamoto Musashi. Considéré comme le plus grand épéiste de l’histoire du Japon, Musashi se voyait davantage comme un artiste et un fin stratège. C’est exactement cette philosophie minimaliste et cette virtuosité pure de la lame que Capcom a choisi d’insuffler dans cette itération 2026, livrant une œuvre au ton sombre, exigeante, et flirtant ouvertement avec l’horreur.
Genèse d’une résurrection et héritage réinventé
Le pari de relancer une franchise restée en sommeil pendant deux décennies était sacrément risqué. Capcom aurait pu se contenter d’un énième remaster, mais l’ambition derrière Way of the Sword est impressionnante de radicalité. Le titre s’affranchit totalement des anciens protagonistes pour se concentrer sur une figure historique mythique. Opérant ainsi un basculement complet vers l’Action-Aventure mâtiné de zones semi-ouvertes. En choisissant Miyamoto Musashi, les développeurs ancrent leur récit dans un réalisme martial viscéral, tout en conservant la composante fantastique inhérente à la licence.

Entre horreur macabre et tragédie humaine
L’introduction pose les bases d’une brutalité inouïe. Alors que Musashi affronte son éternel rival, l’excentrique Sasaki Ganryu, dans un duel à mort, les deux hommes sont interrompus par une violente embuscade des Genma. Massacrés et expédiés dans les méandres de l’enfer, ils sont ramenés à la vie par une force mystérieuse qui leur confie à chacun un gantelet Oni, un artefact capable d’absorber les âmes pour décupler la puissance de son porteur.
C’est là que leurs destins se scindent. Musashi, contraint de lier son âme à l’esprit de la Dame Oni, accepte à contrecœur de devenir le purificateur d’un monde corrompu. Face à lui, Ganryu s’impose comme son reflet inversé: rendu fou par la soif de puissance, il entame un massacre systématique pour nourrir son propre gantelet. Un terreau dramatique intense pour une œuvre sur la lutte d’un homme tentant de conserver son humanité.

Toshiro Mifune : L’âme d’Akira Kurosawa ressuscitée
Musashi est un protagoniste extrêmement paradoxal, à la fois héros tragique et génial idiot. D’une arrogance folle concernant ses talents de sabreur, il voit d’un très mauvais œil ce gantelet magique qui vient fausser son art pur. Souvent pataud, il râle à chaque fois qu’un PNJ lui demande de l’aide, mais sa nature bienveillante finit toujours par le pousser à dégainer. Way of the Sword est, par moments, l’un des jeux les plus drôles et subtils que nous ayons faits récemment !
Le coup de génie magistral de Capcom réside dans le visage de Musashi. Le studio a utilisé les traits et la gestuelle du légendaire acteur japonais Toshiro Mifune (star des films d’Akira Kurosawa). L’hommage est époustouflant. Le RE Engine fait des merveilles absolues sur ses expressions faciales ! En effet, le moindre haussement de sourcil perplexe rappelle instantanément le jeu si particulier de Mifune. La direction cinématographique calque à la perfection les travellings et le sens du rythme de Kurosawa. Le casting secondaire brille tout autant, avec Ono no Takamura et surtout Izumo no Okuni, qui bénéficie d’un arc narratif bouleversant.
Le Traité des Cinq Roues appliqué au Game Design
C’est manette en main qu’Onimusha Way of the Sword révèle sa noblesse. Oubliez la tendance des Soulslikes frénétiques. Le système de combat est méthodique, viscéral et s’articule autour de la patience. Capcom a même fait appel à de véritables maîtres d’armes japonais pour la motion capture.
Les bases sont épurées : attaque légère, attaque lourde, parade et esquive. La véritable tension naît de la gestion de l’endurance. Si Musashi bloque trop d’attaques, il finit haletant et totalement vulnérable. Le jeu nous apprend très vite que nos attaques classiques ne sont que des coups de « remplissage » servant à feinter, agacer l’ennemi et le pousser à frapper dans le vide pour ruiner sa propre jauge d’endurance. Lire son adversaire est plus important que de l’agresser.
L’Issen : La quintessence de l’action au sabre
La jouissance repose sur le retour triomphal de l’Issen ! Cette contre-attaque fulgurante s’exécute en appuyant sur la touche d’attaque à la fraction de seconde exacte où la lame ennemie devrait vous toucher. Réussir un Issen déclenche une animation de décapitation sanglante, rythmée par une gerbe d’étincelles éblouissante.
La prise de risque est monumentale, mais la récompense est absolue : un Issen génère une quantité faramineuse d’âmes. Pour les virtuoses, il est possible de débloquer les Issen enchaînés, permettant de fendre une garnison entière en quelques mouvements éclairs. Rarement le role-play d’un bretteur de légende n’aura été aussi parfaitement retranscrit.
Danse mortelle et interactions avec le décor
Le système de défense exige une lecture parfaite via un « code couleur » punitif. Lueur bleue ? On esquive. Lueur rouge ? C’est imparable, fuyez ! Capcom utilise ce langage visuel avec une justesse folle. Autre ajout brillant : les confrontations de type « garde contre garde » qui déclenchent un mini-jeu haletant. Le décor regorge également d’éléments interactifs : soulever des planches de bois pour se protéger des flèches, pousser des chariots enflammés ou faire exploser des tonneaux de poudre. C’est tactique et grisant !
La puissance du Gantelet et l’arsenal Oni
L’absorption d’âmes bleues alimente votre jauge de Pouvoir Oni, donnant accès à des armes dévastatrices :
- Les Deux Célestes : Doubles lames ultrarapides, parfaites pour cisailler une garde.
- Hurle-Terre : Immenses marteaux infligeant des dégâts de posture massifs.
- Esprit du vent : Une majestueuse naginata idéale pour le contrôle de foule.
Au fil de l’aventure, l’Agilité Oni viendra densifier vos mouvements d’exploration, complétée par des passifs dévastateurs et une Arène d’entraînement pour poncer vos timings.

Des affrontements de boss qui redéfinissent l’épique
C’est incontestable : Onimusha Way of the Sword propose les batailles de boss les plus spectaculaires de l’année. Chaque boss majeur ressemble au climax d’un film d’action. Les pics de frissons sont atteints lors des duels contre Sasaki Ganryu, baignés dans une mise en scène d’une violence rare.
C’est ici que l’Issen critique dévoile sa vraie nature : si vous placez ce contre parfait sur un boss, le temps se fige. Le joueur a alors une poignée de secondes pour cibler une zone spécifique (tête pour les dégâts, bras pour briser l’armure, points vitaux pour le soin). Une mécanique de prise de décision prodigieuse ! Mention excellente au hub central qui permet de relancer ces combats à l’infini avec votre équipement actuel.

Kyoto : Une reconstitution majestueuse rongée par les démons
Le dépaysement est total lorsque l’on traverse la reconstitution historique de Kyoto, rongée par un miasme démoniaque. À mesure que Musashi extermine les nids de Genma, la nature reprend ses droits et les couleurs éclatantes inondent l’écran. Le studio a fouillé la vraie mythologie locale pour étoffer son lore, accessible via des statues de Chiens-Lions. Et que dire du design des Genma… de grotesques chimères organiques, dérangeantes à souhait !
La dualité structurelle : Le naufrage du RPG et de l’exploration
C’est ici que le bât blesse. Si les « donjons héritages » linéaires sont de franches réussites, le monde semi-ouvert avec son gigantesque hub central est une énorme bévue. Capcom y a inclus le Fragment de Johari (un GPS lumineux) et une « Vision Spirituelle » qui surlignent absolument tous les objectifs. Adieu l’exploration organique !
Pire encore, le virage « Light-RPG » est un énorme « Red Flag ». Pour améliorer Musashi, il faut récolter des matériaux affreusement génériques (cuir, chanvre, soie). Fouiller un coffre n’offre plus aucune excitation. Les quêtes annexes de type « Rencontres » ne sont que des prétextes faignants pour vous faire grinder des ressources à la manière d’un vieux MMO coréen.
Et ne parlons pas de l’aspect réflexion, complètement sacrifié. Fini les boîtes à combinaisons des premiers jeux : on ne dénombre qu’une seule véritable énigme sur 30 heures. Le jeu est en plus gangrené par un backseating vocal insupportable (impossible de réfléchir 3 secondes sans que Musashi ne donne la solution à voix haute). Tais-toi Musashi !
Bilan technique : Le RE Engine sous pression
Sur PS5 Pro, fuyez le mode « Qualité ». Le framerate s’effondre dès que l’écran se charge en particules. Pour un titre basé sur la frame parfaite, le mode « Performances » (60 FPS) est vital. On note aussi une synchronisation labiale très rudimentaire hors cinématiques. Jouez en VO Japonaise, le doublage y est exceptionnel ! Capcom se rattrape avec d’excellentes options d’accessibilité (Mode Histoire, réglage du gore) et un redoutable mode Carnage en NG+ pour les masochistes.
Verdict LPDD
Un retour fracassant qui tranche dans le vif !
Ce n’était pas gagné d’avance pour une série disparue des radars, mais Capcom a réalisé un miracle. Onimusha: Way of the Sword n’est pas seulement un retour inespéré, c’est un pur chef-d’œuvre du jeu d’action. En refusant le copié-collé du Soulslike, le titre impose sa propre philosophie martiale, portée par la résurrection ahurissante de Toshiro Mifune et des combats de boss d’anthologie.
Oui, le grind façon MMO est assommant, les énigmes ont disparu et le backseating agace. Mais lorsque les lames se croisent dans une gerbe d’étincelles et qu’un Issen décapite une abomination au ralenti, on réalise qu’aucun autre jeu n’a su nous faire ressentir avec autant de maestria la puissance d’un véritable maître de l’épée.
On aime:
Des combats de boss absolument magistraux !
Le système de combat au sabre (Issen, endurance, parades), viscéral et follement intelligent.
La résurrection numérique de Toshiro Mifune, touchante et bluffante.
L’utilisation brillante de l’environnement (tonneaux, chariots) en plein combat.
La richesse du lore et la DA macabre des Genma.
Le hub pour rejouer les boss à l’infini avec son équipement endgame.
Une écriture et une réalisation qui respirent le cinéma d’Akira Kurosawa.
On aime moins:
La récolte de matériaux (coton, fer…) hyper générique et assommante.
La disparition totale des grandes énigmes, véritable hérésie pour les fans.
Le backseat vocal insupportable : laissez-nous réfléchir !
Le GPS lumineux et la Vision Spirituelle qui mâchent totalement l’exploration.
Des quêtes annexes qui ne servent qu’à justifier un grind artificiel.
Le mode Qualité sur PS5 Pro, beaucoup trop instable.
La synchronisation labiale in-game complètement à la ramasse.


